Paris Est, gare centrale de Strasbourg, jeudi 14h.

gare de lest

Les légers tremblements du train me bercent, les paysages défilent offrant des cortèges d’images d’arbres, de champs, de villages souvent surplombés de clochers. Ça me replonge dans mon enfance. Avec mon train électrique, j’avais tout. Tout, sauf des personnages. Mes trains étaient vides, ça me semblait normal ou, du moins, ça ne me gênait pas. Les trains ne sont faits que pour voir les paysages défiler. La course aux nuages, des étangs, des collines, des vols de colonies d’oiseaux, des rangs d’éoliennes.

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Entre les deux sièges devant moi, le doux profil d’une jeune maman souriant à son enfant.

Des antennes, colonnes métalliques grises ou argentées, des haies.

La jeune maman a des boucles d’oreille en dentelle de fils d’acier. Elle est brune. C’est joli.

Une forêt, des sentiers, l’horizon. Des taches de lumière entre les nuages et sur la terre, comme des projecteurs. Une rivière qui serpente dans une roselière, par endroits, déborde.

Les glissières de sécurité des routes en contre bas, lissent la lumière qui file à la vitesse du train.

La jeune maman mouche son enfant qui vient d’éternuer. Elle lui sourit encore. Elle porte un pull vert olive et un foulard fuchsia autour du cou.

Des hangars, des étables. Je fixe une tache sur la vitre pour que mes yeux interprètent le défilement. Je vois des lanières, des lignes, des traînées de fils comme des rasoirs. Un canal, une carrière, des usines. Des troupeaux de moutons, du bois mort, foudroyé, carbonisé, sec et noir.

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L’enfant est monté sur son siège et me jette un coup d’œil furtif et curieux. Un peu rieur. Il a deux petites taches de chocolat autour de la bouche, la maman lui sourit encore en l’essuyant.

Le contrôleur flashe les e-billets, sa machine émet un rayon rouge, l’enfant est fasciné... Le contrôleur lui sourit et flashe l’enfant. La jeune maman éclate de rire. L’enfant fait semblant d’avoir peur et essaie de se débarrasser du rayon rouge. Trop drôle.

Plusieurs personnes passent dans le couloir en titubant. Ils se rattrapent aux dossiers des sièges en regardant droit devant eux comme des funambules déséquilibrés.

La jeune maman ferme la bouche, tend ses lèvres et dépose un baiser sur la bouche de l’enfant en fermant les yeux. Il fait bon fermer les yeux quand on embrasse. L’enfant ferme les yeux aussi et s’endort sur l’épaule de sa maman. Il fait bon fermer les yeux quand on reçoit un baiser.

Un phoque glisse doucement de sa banquise pour aller pêcher des poissons rouges. Je viens juste de m’endormir. Les voyages en train sont pleins d’imprévus.

Par contre, il faut garder les yeux ouverts.